ÊTRE MAMAN EST-IL LA PREMIERE FORME D’ENTREPRENEURIAT ?

Alors que nous clôturons le mois de mars, un mois souvent dédié à célébrer les femmes, je me retrouve à réfléchir à une question qui me touche plus personnellement que jamais : Être maman est-il, à bien des égards, la forme la plus pure d’entrepreneuriat ? C’est ma façon d’exprimer mon amour et mon profond respect pour une femme que j’admire sincèrement : ma mère. En repensant à son parcours, je réalise que ce qu’elle a accompli jusque-là va bien au-delà des définitions traditionnelles de la maternité. Elle a bâti, dirigé, su s’adapter et persévérer d’une manière qui reflète l’essence même de l’entrepreneuriat, sans jamais le nommer ainsi.

Une vie de leadership, de soin et de responsabilité

Ma mère ne s’est pas contentée d’élever ses enfants. Elle a maintenu, et continue de maintenir, tout un système familial. Elle a pris soin non seulement de sa famille nucléaire, mais aussi de notre famille élargie, frères, sœurs, cousins, belle-fille, beau-fils  et aujourd’hui, de ses petits-enfants. Elle veille à ce que chacun soit soutenu, connecté et sur le bon chemin, malgré le fait que la plupart d’entre nous soient désormais adultes. Gérer les membres d’une famille n’est pas toujours facile. Des personnalités différentes, des besoins différents, des défis différents… cela demande de la patience, une intelligence émotionnelle et une grande résilience. Et pourtant, Lisette ou plutôt Manmie, véritable championne de l’harmonie, a toujours été le ciment qui rassemble tout le monde. Le plus souvent, ce lien se tisse autour de quelque chose de simple mais de puissant : une agape familiale où nous partagions toujours avec amour de bons repas. (Pour dire vrai, en écrivant ces quelques lignes, j’ai le goût de son fameux soufflé de maïs à la bouche… 😊 ) Elle a créé de l’unité. Elle a créé des moments. Elle a créé un sentiment d’appartenance. Cela, en soi, c’est du leadership.

Ses « clients » étaient ses proches

Si l’on pense en termes entrepreneuriaux, ses « clients » sont les personnes qu’elle sert ou servait chaque jour :

Ses enfants, son défunt mari, ses frères et sœurs, ses cousins, son beau-fils, sa bru, son gendre, ses petits-enfants, pour ne citer que ceux-là. Et avec le temps, des amis devenus comme de la famille.Elle est présente pour chacun d’eux, avec constance, intention et bienveillance. Elle nous a guidés (Et le fait encore à sa manière), soutenus et préparés au monde réel. Elle a porté des responsabilités qui ont été bien au-delà de ce que quiconque pouvait percevoir en surface.

Une battante de toujours

En parallèle de tout ce qu’elle portait à la maison et défis que lui a imposé la vie, elle n’a jamais cessé de travailler et de créer des opportunités.
Je me souviens qu’elle trouvait toujours un moyen de m’emmener avec elle lorsqu’elle allait faire ses courses, particulièrement les vendredi après-midi à O Market sis à l’avenue John Brown, à Port-au-Prince. Je l’ai vue se lancer dans une petite activité d’importation, allant chercher à l’étranger des produits bien précis pour répondre aux besoins de son entourage. J’ai été témoin de son esprit entrepreneurial bien avant de comprendre ce que ce mot signifiait.
Elle a même créé et vendu du Pikliz, des tablettes de noix, de la confiture fait maison sous sa marque VERINICKs, un nom inspiré de ses trois enfants. Elle approvisionnait des supermarchés locaux et participait à diverses opportunités de vente.
À de nombreuses reprises, elle a su saisir les occasions d’installer un kiosque de nourritures et de boissons lors de grands rassemblements religieux, notamment aux congrès charismatiques annuels de la communauté catholique haïtienne. Disons-le simplement : prier, c’est essentiel… mais manger aussi, surtout sous le soleil d’Haïti. Et elle, elle avait tout compris
Tout cela, tout en occupant deux emplois permanents. Celui d’être une professionnelle en ressources humaines et celui d’être mère
Elle cherchait toujours une nouvelle voie. Toujours un moyen de contribuer, de créer, de pourvoir.

Résilience, foi et force tranquille

Malgré les pertes, les épreuves et le poids des années, y compris des difficultés de mobilité, elle n’a jamais perdu son élan vital.
Elle continue de sourire. Elle continue d’encourager les autres. Elle continue de prier pour les gens. Elle continue de dire des mots qui élèvent, même dans les petits moments.
Sa foi en la vie et en Dieu a toujours été sa boussole. Quelles que soient les circonstances, elle n’a jamais perdu son nord.
En la regardant aujourd’hui, je réalise quelque chose que je n’avais peut-être pas pleinement saisi auparavant :
Ma propre passion pour l’entrepreneuriat vient peut-être d’elle.
Non pas de la théorie. Non pas d’une salle de classe. Mais de l’observation.
De l’avoir regardée créer. De l’avoir regardée s’adapter. De l’avoir regardée servir les autres tout en bâtissant quelque chose qui lui appartenait. De l’avoir vue continuer à avancer, sans jamais s’arrêter.

Alors… Être maman, est-ce de l’entrepreneuriat ?

Aujourd’hui, je crois que la réponse est oui, au moins dans l’esprit.
Parce que si l’entrepreneuriat, c’est la résilience, le leadership, le sacrifice, la créativité et la capacité à construire quelque chose de significatif tout en naviguant dans l’incertitude…
Alors de nombreuses mères vivent cette réalité chaque jour. Y compris la mienne.
Il existe d’innombrables femmes, en Haïti, au Canada et partout dans le monde, comme Lisette, qui dirigent discrètement, soutiennent, bâtissent et maintiennent les familles unies, sans jamais revendiquer le titre d’entrepreneure. Mais peut-être l’incarnent-elles mieux que quiconque.
Ce blog qui vient plutôt du cœur est ma façon de dire merci.
Ma façon d’exprimer mon admiration.
Ma façon d’honorer une femme extraordinaire dans ma vie.
Et alors que nous célébrons les femmes en ce mois de mars, je ne peux m’empêcher de penser :
Certains des entrepreneurs les plus marquants que nous connaîtrons jamais… ont toujours été appelés simplement : Maman.
Pensez à ces femmes qui vous ont porté, guidé, ou simplement accompagné. Qu’ont-elles construit en silence ? À quoi ont-elles renoncé pour vous ? Et quelle leçon vous ont-elles transmise, sans jamais lire un livre de management ?

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