Pour préserver son anonymat, je l’appellerai ici Chingum et je parie qu’elle est peut-être en train de mourir de rire en découvrant le nom que je lui prête ! Je l’ai rencontrée il y a plusieurs années en Haïti, dans le cadre d’un programme d’entrepreneuriat scolaire que j’avais mis sur pied. Depuis toujours, je suis convaincu que les compétences entrepreneuriales permettent, certes, de bâtir des entreprises, mais surtout de devenir de meilleurs professionnels, constamment tournés vers la recherche de solutions et l’adaptation face aux défis. Chingum était alors au secondaire. Elle se distinguait déjà par son énergie, sa curiosité et ses rêves ambitieux. Tout récemment, il y a moins d’un an, elle a obtenu sa licence en Ressources Humaines à l’Université de Montréal. J’ai eu le privilège, aux côtés de mon épouse, de la suivre toutes ces années et de l’accompagner dans ses choix. Comme beaucoup de jeunes diplômés, Chingum faisait face à une anxiété immense à l’idée de débuter sa carrière. Elle rêvait d’intégrer une grande entreprise, persuadée que ce serait le signe d’une réussite immédiate. Et je comprends parfaitement cette anxiété : je la vois aussi chez mes propres enfants, qui se demandent comment trouver leur place dans un marché de l’emploi de plus en plus compétitif et exigeant. Dans un monde où tout semble aller trop vite, où l’on croit devoir réussir instantanément, la pression est immense. Avec mon épouse, nous lui avons partagé un conseil simple mais essentiel : profiter du bénévolat tout en poursuivant sa recherche d’emploi. Pourquoi ? Parce que ce temps est une chance de : Chingum a suivi ce conseil. Et les résultats ont dépassé nos attentes. Grâce au bénévolat, elle a pris du recul, gagné en sérénité et abordé son entrée dans la vie professionnelle avec plus de confiance. Finalement, elle n’a pas intégré une grande firme comme elle l’espérait au départ, mais une PME à taille humaine. Ce choix, loin d’être un compromis, s’est révélé une bénédiction : en touchant à tout, elle a rapidement acquis une expérience riche et variée et, presque sans le savoir, s’est retrouvée déjà dans une position de gestionnaire. Aujourd’hui, elle avance heureuse, reconnaissante et optimiste, convaincue que cette expérience constitue un tremplin solide pour l’avenir. Comme le dit la fable de La Fontaine, celle du lièvre et de la tortue : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Et cette leçon vaut autant pour les étudiants que pour les entrepreneurs débutants. Lorsqu’ils lancent leur projet, les entrepreneurs vivent une situation similaire : leur “bébé”, fruit de mois ou d’années de travail, est enfin prêt. Ils espèrent un succès rapide, mais se heurtent souvent à la réalité du marché et traversent leur propre crise entrepreneuriale : C’est dans ces moments-là qu’un accompagnement fait toute la différence. On pourrait croire que le mentorat est une idée récente, mais il remonte en fait à la Grèce antique. Dans l’Odyssée d’Homère, il y a plus de 3 000 ans, Ulysse a confié son fils Télémaque à son ami de confiance, Mentor. Depuis, ce nom est devenu synonyme de guide bienveillant, de conseiller de confiance qui éclaire le chemin. Pas étonnant alors que, partout dans le monde, tant d’organisations qui soutiennent les entrepreneurs placent le mentorat au cœur de leur approche. Je l’ai vu de mes propres yeux lorsque je collaborais avec la Chambre de commerce et d’industrie de Rennes, en France : les rencontres que nous créions entre entrepreneurs et mentors n’avaient pas de prix. Et c’est exactement le même constat que je fais aujourd’hui, au Canada avec Futurpreneur , une organisation canadienne avec laquelle je collabore, qui a fait du mentorat un pilier obligatoire de son modèle d’accompagnement. Pour un entrepreneur qui débute, un mentor n’est pas seulement un conseiller : c’est un repère. Il aide à rester centré sur l’essentiel, à garder l’équilibre et à avancer avec confiance malgré la pression. Il ramène toujours à ce qui compte vraiment et aide à ancrer son “pourquoi” dans chaque décision. Que l’on soit étudiant ou entrepreneur, l’anxiété du début est inévitable. Mais elle peut être transformée en force grâce à l’apprentissage, à l’humilité, au soutien d’un mentor et, surtout, à une mission claire. Alors je pose cette question à ceux qui s’apprêtent à franchir une étape décisive : Connaissez-vous vraiment votre « pourquoi » ? Êtes-vous prêt à le laisser guider chacun de vos pas pour bâtir votre avenir avec confiance et sérénité… et à rire un peu de vos propres débuts comme Chingum pourrait le faire aujourd’hui ?